Histoires horlogères et jeux

 

 

* Le rhabilleur et le médecin

* La bénédiction d'une horloge

* Le tour du cadran (jeu)

* A la bonne heure (jeu)

 

 

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Le rhabilleur et le médecin.

 

Un rhabilleur de Pézenas,

Avec le docteur Comméras

Certain jour signèrent un pacte …

"Jacques Fusain, maître horloger."

Ainsi s'exprimait ledit acte,

"Promet de gratis rhabiller

Les montres, dont une à virgule,

Le tournebroche et la pendule

Dudit médecin contractant.
Quel que soit d'ailleurs l'accident

Dont puissent souffrir ces machines ;

En échange, notre savant

Devra guérir les scarlatines

Les maux de cœur, le choléra

Les fluxions, et cœtera

Quand l'un de ces maux atteindra

L'artiste en art chronométrique …".

En effet, Comméras pratique

La saignée ou l'incision

Et, suivant le cas, il applique

Ou l'emplâtre, ou l'émulsion,

Ou quelque astringente pommade …

Bref, il travaille son malade

En honnête et bon médecin.

De son côté, maître Fusain

Bouche des trous et repivote,

Donne du jeu, puis il en ôte,

Rive des vis, courbe des pons.

Les redresse et surtout les brosses.

Tape et retape du marteau ;

Du boîtier redresse une bosse,

En fait une autre, et le bourreau

Fait pourtant si bien son affaire

Que les montres dudit docteur

Ont une marche régulière.

Or, un certain jour … jour de malheur,

Du haut de l'établi tombe une grosse lime,

Dont la pointe s'implante au pied du rhabilleur.

Ce n'est rien, se dit-il, … mais le mal s'envenime,

L'enflure se dessine, une sombre couleur

Semble entourer la plaie, et bientôt le docteur

Annonce à l'horloger qu'il faudra qu'on l'ampute.

L'élève des Berthoud bravement s'exécute.

On lui coupe la jambe, et l'honnête Fusain

Se promet de tourner de son habile main

La quille qui devra suppléer à l'absente :

Puis bientôt reprenant sa besogne courante

L'artiste est tout à fait guéri.

A quelque temps de là, Comméras le rencontre

Je ne sais, lui dit-il, ce qui manque à ma montre

Mais hier, elle m'a fait un tel charivari

Que j'en crois le rouage entièrement meurtri.

Ce n'était que trop vrai, Fusain devait de faire

L'arbre de barillet et quatre trous en pierre.

Or Fusain maniait proprement le bourreau

Il passait avec art sa brosse sur la croûte,

Qualités fort rares sans doute ;

Mais sertir des rubis !! Pour lui c'est bien nouveau !

Faire un arbre … en acier … y polir chaque face.

Ajuster des carrés …, mettre le tout en place !

C'est beaucoup … se dit-il, le docteur attendra.

En effet, celui-ci vint toutes les semaines

S'assurer si bientôt l'œuvre s'achèvera.

Six mois passent … Un an bientôt se passera

Et de notre docteur les démarches sont vaines ;

Fusain ne sait que faire … Enfin, las de mentir,

Tenez, lui répond-il, vous n'avez pu tenir

De nos conventions et l'esprit et la lettre,

Malgré tous vos efforts, je ne puis me remettre

Du grand malheur qui m'arriva

Je ne vais que cahin-caha

Quoi que vous me fassiez, je n'en suis pour cela

Ni mieux portant, ni plus ingambe …

Je ne suis pas content … Et pour vous parler net,

Quand vous aurez refait ma jambe,

Je ferai votre barillet.

A Redier.

 

 

 

 

 

 

 

 

La bénédiction d'une horloge

 

L'horloge de l'église est un bien précieux, et sa pose était un événement exceptionnel qui méritait une consécration religieuse. Sa bénédiction par le clergé allait de soi.

Aussi, afin de faciliter le travail des prêtres, quelques astucieux réalisèrent le texte et le chant d'un prière de circonstance.

Cette bénédiction est un dialogue philosophique entre le Peuple, au refrain, et l'Horloge, aux couplets, couplets qui rappellent que les heures passent comme la vie et qu'il faut se préparer pour la dernière en fidèle chrétien.

Cette bénédiction appropriait en quelque sorte l'horloge aux biens sacrés de l'église. La bénédiction des cloches était réservée aux évêques, mais rien n'est précisé pour les horloges qui sonnaient.

Le peuple :

Avant chaque couplet

Du beffroi, comme d'une chaire,

Ta voix parle à mon coeur ému :

Perpétuel missionnaire,

Sainte Horloge, que nous dis-tu ?

 

L'horloge :

1- Je vous dis : Le poids nécessaire

Pour me donner le mouvement,

Aura bientôt touché la terre,

S'il n'est remonté bien souvent.

Ainsi tpo; chrétien, ta faiblesse

Te fera descendre bien bas,

Si de se remonter sans cesse

Ton âme ne s'efforce pas.

2- Je vous dis : Quand de notre cloche

Pour toi je tire un son nouveau,

Chrétien, n'est-ce point un reproche

Que réveille, en toi mon manteau ?

Le bien ? le mal ? Je n'en sais rien ;

Mais, toi, recherche en ta pensée,

Et bénis Dieu si tout est bien.

3- Je vous dis : A ce bruit de l'heure,

Dans l'air si prompt à s'effacer,

Chrétien, songe qu'en ta demeure

Tu ne fais aussi que passer.

Insensé celui dont la vie,

Eprise de frivolité.

Pour les biens du temps sacrifie

Les trésors de l'éternité.

4- Je vous dis : Chaque heure nouvelle

A reçu de Dieu son emploi ;

Elle apporte à l'âme fidèle

Les ordres du souverain Roi.

Hier n'est plus ; demain peut-être.

Ne te trouvera pas vivant ;

Chrétien, pour bien servir ton Maître,

Ne t'occupe que du présent.

5- Je vous dis : S'il connaissait l'heure

Où le voleur doit s'approcher,

De pénétrer dans sa demeure

Le père saurait l'empêcher ;

Mais la Mort de son arrivée,

Chrétien, ne t'avertira pas ;

Tu la crois peut-être éloignée

Et peut-être elle est sur tes pas.

6- Je vous dis : Ta course finie,

Chrétien, une heure sonnera,

Et, sur le cadran de la vie,

Ton aiguille s'arrêtera.

Pour toi, plus de temps, plus de terre ;

Le jour des siècles éternels

Dissipera, par sa lumière.

Les ténèbres des jours mortels.

7- Je vous dis : Souvent à Marie,

Chrétien, recommande ton sort ;

Dis-lui bien pour toi qu'elle prie,

Surtout à l'heure de ta mort.

Si, paraissant devant ton Juge,

Tu trembles d'être réprouvé,

A Celle qui fut ton refuge

Redis, confiant, ton Avé.

Lussault Frères et Cie, horlogers-constructeurs à Marçay (Vienne).